Je me souviendrai toujours du 30 juin 2004. Ce jour-là, je soutiens ma thèse devant le jury, ma famille (les bras déjà chargés de fleurs!), mes amis et collègues du doctorat. La salle est remplie et, contre toute attente, cela me procure bien plus de plaisir que de stress. Comme tous mes collègues avant moi, j’ai répété ma présentation plusieurs fois pour m’assurer de la faire dans les 40 minutes accordées. Je suis nerveuse mais le temps passant, je m’installe dans mon sujet et, finalement, tout se passe bien. Ma directrice de thèse m’avait dit : « Vous êtes la spécialiste de votre sujet. Partagez ce que vous avez appris avec l’auditoire, et comment vous l’avez appris, et tout se passera bien. » Puis, vient le moment tant appréhendé des questions du jury. Chacun souligne d’abord ce qu’il a apprécié dans la thèse puis me pose ses questions, parfois une à une, parfois à l’enfilade, qui d’un air sérieux, qui en regardant la galerie du coin de l’œil, qui avec un léger sourire sur les lèvres. Ce sont de « bonnes » questions, comme je m’y attendais, des questions choisies pour me mettre vraiment à l’épreuve. « Pas de panique, me dis-je en mon for intérieur, tu connais ton sujet et les questions posées sont une chance de te faire valoir et de démontrer que tu mérites le titre Ph.D. » C’était la bonne attitude à prendre.
Quatre ans plus tard, c’est à titre de directrice des études de 3e cycle que j’ai la chance de partager avec vous cette expérience encore fraîche à ma mémoire, et qui le restera sans doute longtemps. Comme pour bien d’autres avant moi, faire le doctorat n’a pas été facile. À l’époque les bourses étaient plus rares qu’aujourd’hui. Comme maintenant, il fallait « gagner sa vie » tout en sachant que les études supérieures sont un investissement, de soi d’abord, mais aussi financier, ou que c’est souvent la période où on souhaite avoir un ou des enfants. Le temps des études de doctorat est une période intense, difficile et palpitante, parfois décourageante. Ma directrice de thèse me disait : « La thèse, c’est un permis de conduire, pas l’œuvre ultime de votre vie. » Elle avait raison : l’aventure intellectuelle se poursuit.
J’ai appris que le rôle d’un doctorant consiste d’abord à apprendre le métier de chercheur, la thèse étant le pivot de cet apprentissage. L’enseignement peut aussi ponctuer le parcours doctoral si l’étudiant le souhaite. Il importe d’abord de savoir pourquoi on veut faire un doctorat, le diplôme n’étant pas une finalité mais la reconnaissance du travail accompli. L’avancement des connaissances est au principe des thèses doctorales. À quel champ de connaissance voulez-vous contribuer? Pourquoi? Quelle est la pierre que vous voulez ajouter à cet édifice de la connaissance? Préciser l’objet de sa thèse est souvent un exercice douloureux car il oblige à certains renoncements. Tout est intéressant, alors comment choisir? Si, au contraire, vous vous posez la question « Pourquoi choisir? » Vous avez la garantie de vous perdre en chemin, de devenir un doctorant à vie ou d’abandonner après quelques années. Gardez en tête que la thèse est un passage et que l’aventure intellectuelle peut se poursuivre de différentes manières après la soutenance.
La chose la plus difficile demeure sans doute l’équilibre à faire entre l’avancement du travail intellectuel, la gestion du temps pour terminer à temps (cela autant pour soi que pour la vie de couple ou de famille, et en fonction du délai universitaire), et les conditions matérielles acceptables pour réaliser votre thèse. Pour avancer intellectuellement, la collaboration avec un professeur, ou une professeure, qui travaille déjà dans le champ de connaissance qui vous intéresse est essentielle. Visez la collaboration, pas la dépendance, cela ni dans un sens ni dans l’autre. Dans une collaboration, chacun y trouve son compte. C’est une relation gagnant-gagnant. Pour cela, bien des formules sont possibles, chaque cas est particulier. Mais gardez le cap, ne perdez pas de vue que vous avez une thèse à rédiger.
La période de scolarité est une période idéale, non seulement pour acquérir de nouvelles connaissances, mais aussi pour approfondir votre sujet et faire progresser votre projet de thèse. Demandez-vous : « Qu’est-ce que j’apprends dans chacun des séminaires et, si cela peut s’y prêter, comment puis-je faire progresser mon projet de thèse dans ce contexte? »
On m’a souvent dit de bien choisir la personne qui dirigera mon travail de thèse. En fait, on se choisit mutuellement en établissant le cadre de collaboration. Choisir un directeur ou une directrice uniquement sur la base de son curriculum vitae ou en pensant qu’il ou elle va vous ouvrir des portes, s’avère souvent une erreur. C’est la qualité de la relation qui importe avant tout. Posez-lui des questions sur la façon dont il, ou elle, conçoit son rôle de direction, faites-lui part de vos attentes en matière d’encadrement et de progression du travail intellectuel. Auparavant, allez rencontrer d’autres étudiants qui ont fait leur thèse avec cette personne. Bref, assurez-vous d’une belle et saine collaboration. Dans plusieurs cas de réussite, l’étudiant apprend son métier de chercheur en contribuant au programme de recherche du directeur ou de la directrice de thèse. La publication d’articles ou la participation à des colloques ou à des conférences peuvent couronner cet apprentissage. En parallèle, le doctorant produit sa propre thèse en gardant en tête qu’il s’agit d’un produit original.
On m’a souvent dit aussi qu’il me fallait « gérer mon comité de thèse », ce que j’ai mis un certain temps à comprendre. Il s’agissait de ma thèse, donc la composition de ce comité devait me permettre l’accès à des personnes ressources ayant une expertise complémentaire et qui s’entendaient bien. Pas question pour ma directrice de coordonner mes relations avec le comité, c’était à moi de le faire, tout en ne perdant pas de vue qu’elle avait la direction de la thèse. Qu’il s’agisse d’une codirection de thèse ou d’un travail ponctuel avec un comité, le doctorant doit être autonome intellectuellement tout en sachant travailler en collégialité et dans le respect de la direction de thèse. Cela s’apprend en le faisant mais il importe de savoir a priori qu’il convient de le faire.
L’idéal pour certains est d’obtenir une bourse d’excellence. Il existe une myriade de bourses et de prix accessibles à des étudiants de toutes les universités, et qui sont souvent peu connus. Une recherche sur Internet, la consultation des répertoires qui existent déjà et que l’on retrouve aussi sur Internet ou sur le site électronique des universités, en valent la peine. Nous vous aiderons à préparer vos demandes de bourses aux principaux organismes subventionnaires. D’autres opteront plutôt pour du financement dans le cadre d’une subvention de recherche obtenue par un professeur ou une équipe de recherche. Le babillard pourra servir de relais entre les professeurs et les étudiants à cet égard. La recherche de financement fait aussi partie du métier de chercheur.
On me disait aussi qu’ « une bonne thèse est une thèse soutenue ». Comme doctorant, il nous appartient de gérer notre cheminement. L’institution balise le tout avec les étapes importantes que sont l’examen de synthèse, la proposition de thèse et la soutenance. Elle peut contribuer, dans la mesure du possible, par des concours de bourses, en procurant des espaces de travail, ou en permettant des charges de cours, par exemple. Le directeur ou la directrice de thèse accompagne la progression du travail intellectuel. Mais il appartient au doctorant de gérer sa progression en fonction des contraintes et des opportunités. Pour réussir son doctorat en cinq ans ou moins dans le cas d’étudiants à temps complet, ou en huit ans ou moins dans le cas d’étudiants à temps partiel, faire de son doctorat un projet à réaliser et le gérer comme tel est un gage de succès.
En tant que directrice des études de 3e cycle, soyez assurés de ma collaboration dans le cadre de cette fonction. Mon rôle consiste à valoriser et favoriser, sur le plan institutionnel, la réussite des études de troisième cycle. La réussite équivaut à obtenir le diplôme. Je consulte actuellement les doctorants et les professeurs qui enseignent au doctorat ou qui dirigent des thèses. N’hésitez pas à me contacter pour les suggestions ou les idées constructives, voire innovatrices pour mieux tenir compte des contraintes et opportunités actuelles, et qui aideraient l’ÉNAP à encore mieux vous aider à réaliser votre projet doctoral.
Cordialement,
Lilly Lemay, Ph.D.
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